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Tu reviens de blessure, mais ton corps se bloque : voici pourquoi (et comment y remédier)

Photo du rédacteur: Thibaut
Thibaut
13 oct.
4 min de lecture

Le chirurgien a validé. Le kiné a validé. Les radios sont bonnes. L'épaule, le genou — peu importe — est même censé être plus solide qu'avant l'opération. Et pourtant, à l'entraînement, il y a ce truc qui ne passe pas.


Je l'ai vu chez beaucoup de mes athlètes, et je l'ai vécu moi-même, dans un tout autre contexte. Plus jeune, j'ai eu un accident de voiture dans un virage pris trop vite. Pendant des années après ça, sur des virages similaires, je levais le pied parce qu'il y avait toujours cette peur. Pas parce que j'avais oublié comment conduire. Parce qu'une partie de mon cerveau, elle, n'avait pas vraiment tourné la page.


C'est exactement ce qui se passe chez un sportif qui revient de blessure. Et c'est exactement ce qui se passe aussi chez un entrepreneur ou un salarié qui doit retourner sur le lieu d'un échec, avec les mêmes personnes, dans le même contexte. Le corps est prêt. Le cerveau, lui, traîne encore un peu derrière.



Le vrai problème n'est (presque) jamais physique


Le protocole de retour de blessure, tout le monde le connaît : immobilisation, rééducation avec le kiné, reprise progressive, puis retour à l'intensité. Des étapes validées scientifiquement, avec des tests de force et de mobilité à chaque palier.


Le souci, c'est que, parfois, le mental ne se rééduque pas aussi vite que le corps. Une fois le feu vert médical donné, beaucoup d'athlètes gardent ce que j'appelle un frein à main invisible. La peur de se refaire mal. La peur de décevoir — l'entraîneur, les coéquipiers, parfois même les parents. Et dans les cas les plus extrêmes, une vraie bascule vers un état dépressif, avec la conviction qu'on ne reviendra jamais à son niveau.


Ce n'est pas un manque de volonté. C'est un mental qui a associé un geste précis — un plaquage, un service au tennis, une action technique — à un traumatisme. Le corps est réparé. L'association, elle, est toujours active.



Un protocole en quatre étapes — pensé en parallèle de la rééducation physique


Face à ce constat, j'ai construit une grille de lecture en quatre étapes, que j'utilise avec mes athlètes en même temps que leur rééducation physique. Pas après. En même temps.


Étape 1 — Faire le deuil. Avant d'avancer, il faut que l'athlète puisse reparler de sa blessure sans filtre : comment c'est arrivé, ce que les médecins ont annoncé, comment il se sent avec tout ça. Faire le deuil, ce n'est pas oublier — c'est accepter d'avoir été victime de quelque chose qu'on n'a pas choisi. Tant que cette étape n'est pas faite, le corps peut progresser autant qu'il veut : l'esprit, lui, reste bloqué sur l'événement.


Étape 2 — Retravailler la relation corps-esprit. C'est reconstruire la confiance dans son propre corps, qui est redevenu un outil de travail un peu étranger pendant la convalescence ou une relation de déception envers cet outil de travail (son corps). Un exercice tout simple que je donne régulièrement : un carnet, où l'athlète note chaque jour ce qu'il ressent — sensations physiques, état émotionnel — sans jugement, sans interprétation, juste de l'observation.


Étape 3 — Se projeter dans la performance individuelle. Une fois la confiance physique relancée, il s'agit de redéfinir ce que signifie « bien performer », pendant cette phase de reprise. Et sur ce point, j'ai un avis tranché : je préfère largement les indicateurs qualitatifs aux indicateurs quantitatifs. Compter ses plaquages ou ses services réussis peut vite faire oublier tout ce qui a été bon à côté. Les sensations, elles, ne mentent pas.


Étape 4 — Feedback et ajustement. C'est le fil rouge des trois premières étapes : revenir régulièrement sur le carnet, mesurer l'évolution, et ajuster. Pas pour juger une progression linéaire — elle ne l'est jamais — mais pour prendre du recul sur le chemin parcouru.



Un détail qui change tout : où en est vraiment la tête de l'athlète


Pour situer précisément où en est un athlète dans sa reconstruction mentale, je m'appuie sur les "9 étapes du changement de Kübler Ross" — du choc initial jusqu'à l'intégration complète, en passant par des phases bien identifiables : le déni (« non non, c'est rien, je peux continuer »), la colère, la négociation avec le protocole médical, et ce fameux creux de la vague où tout semble perdu.


Savoir situer précisément où se trouve un athlète sur cette courbe, c'est savoir s'il est en train de redescendre vers le creux — et donc s'y préparer — ou s'il est en train d'en ressortir. Ce n'est pas qu'un outil théorique : c'est ce qui me permet d'ajuster, semaine après semaine, l'accompagnement que je propose.



Et si tu n'es ni sportif ni blessé ?


Cette mécanique dépasse largement le cadre du sport. Reprendre un poste après un échec professionnel marquant, revenir sur un projet qui a mal tourné, refaire face aux mêmes interlocuteurs après une négociation ratée — c'est très exactement le même schéma. Le contexte est prêt à t'accueillir. C'est toi qui dois réapprendre à lui faire confiance.


Dans l'épisode complet, je détaille le protocole concret que j'utilise avec mes athlètes — notamment l'exercice de visualisation qu'un joueur de rugby pro à utiliser pendant sa convalescence, et qui lui a permis de retrouver ses automatismes de jeu beaucoup plus vite que prévu une fois sur le terrain. J'y parle aussi plus en détail des neuf étapes du changement, et de comment les repérer chez soi ou chez quelqu'un qu'on accompagne. Lien vers l'épisode : ICI


Si tu traverses une reprise — sportive, professionnelle, ou autre — et que tu sens que ce frein à main est encore activé chez toi, on peut en discuter simplement, autour d'un rendez-vous découverte.

 
 
 

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